Un échantillon venu des fonds marins sans oxygène. Ça donnait un gâteau au chocolat consistant, mais à l´odeur de soufre intenable.
Le coucher de soleil sur une île du Pacifique. Ça fait romantique dit comme ça, mais il faisait frette en calvette.
Ai-je vraiment besoin de raconter ce qui m’est arrivé, à 23h50 hier, alors que j’attendais mon bus pour Santiago devant un espace vide?
Pour une fois, pour la dernière fois où je prenais le bus de nuit, je me suis payé un bus-cama. Un siège genre Lay-z-boy dans lequel on peut dormir assez à l’aise. Quand je me suis rendue compte que quelque chose n’allait pas, c’était exactement l’heure du départ. Parce qu’avant ça, je ne m’étais pas inquiétée : j´étais là où j´avais acheté mon billet, je voyais des bus de la compagnie choisie, Tur-Bus (la plus grosse et fiable selon moi), qui partaient aux dix minutes vers Santiago, les bus ne se présentent aux quais d’embarquement que 5 minutes avant leur heure, et mon guide de voyage disait que la plupart des départs se faisaient d’où j’étais, le plus important terminal. Je ne faisais pas de cas du fait que le nom du terminal écrit sur mon billet ne correspondait pas au nom d’où j’étais, il ne correspondait pas plus au nom de l’autre terminal, chaque chose ou lieu ou même rue ayant deux ou trois manières d’être nommés ici. Et j’avais demandé à un employé de Tur-Bus où serait mon bus en montrant mon billet, il m’avait dit à tel quai. Donc, vraiment rien pour m’inquiéter.
À 23h50, je retourne voir un employé de Tur-Bus. À tout hasard, je demande si c’est bien ici, ce terminal. Oh non! C’est celui à l’autre bout de la ville! Je voyais mon billet de bus-cama devenir un bus à siège droit... ah ça non! Je pars à la course dans le terminal plein de gens, vers le comptoir de la compagnie, en frappant avec mon sac à dos digne d’une mule toute personne dans ma trajectoire. Je passe de manière toute aussi délicate devant tout le monde pour parler à la commis. Elle appelle la collègue. Celle-ci appelle l’autre terminal, avec deux téléphones à la fois. Une tentative, deux tentatives, je la vois chercher les autres départs pour Santiago, qui disent tous complet. Je vois mon départ sur siège droit devenir une nuit sur un banc de la gare d’autobus. Restons calme, restons calme. Une ligne finit par répondre. « J’ai la passagère du siège 5 ici. (...) Oui, vous allez l’attendre? Bon. » Je suis vraiment épatée de l’efficacité chilienne. Là, bravo! Le bus à siège droit qui part aussi à cette heure pour Santiago m’amène rejoindre ma gang de riches dans l’autre bus. En me laissant, le chauffeur me taquine : « Tu es sûre que tu veux pas rester avec nous? » Sur une rue, je débarque, j’embarque dans le luxe. Oh... Quel bonheur. Le monsieur à ma droite ronfle déjà. La prochaine chose que je sais, on est rendus à Santiago.
Tout est bien qui finit bien après une soirée justement où j’avais déjà couru pour arriver à l’heure pour mon départ de bus. J’ai mis pied à terre après mon expédition en mer à 21h30. Et on était encore bien loin de Concepción. Le chercheur a fait de la Formule Un pour que j’arrive en temps. C’est que la prise d’échantillons a commencé seulement vers 18h dans une journée sans trop d’horaire. Les choses se sont succédées sans souci du temps qui passait, les retards s’accumulant. J’ai bien pensé que j’allais passer Noël sur le bateau. Mais tout compte fait, c’était une chance inouïe d’être avec eux. Une équipe de tournage nous accompagnait. C’est qu’un documentaire est en préparation sur ledit chercheur et ses découvertes. Je suis tombée sur « Ze » jackpot de l’océanographie du Chili. « Aux innocents les mains pleines » que j’entends dire ma mère. Faut aussi dire que j’ai plusieurs sujets bien préparés qui ont été torpillés, mais plusieurs autres survenus de nulle part m’ont fait voir des merveilles. La bactérie gigantesque de mon océanographe-microbiologiste en est une. Quelle émotion pour moi, encore et pour toujours microbiologiste, de voir ça sortir de 28 mètres de profondeur! La suite dans l’article.
Ce matin, en arrivant à Santiago avant 6h30, le métro n’était pas encore ouvert. Je fais la file derrière le paquet de monde agglutiné dans le couloir, sans même pouvoir voir jusqu´à la barrière. Quand ça ouvre, le troupeau avance lentement. Je fais la file devant le comptoir (en fait, très loin du comptoir) pour acheter un billet. Ensuite, j’embarque dans un wagon presque plein. C’est une introduction assez douce du cauchemar du transport dans la ville depuis le début février. Depuis l’instauration du TranSantiago, le nouveau système de bus de la grande région métropolitaine, les transports ont l’air de conteneurs de condamnés vers Auschwitz. Il n’y a pas assez de véhicules. Les ratés des lignes de bus, qui se répercutent en congestions inimaginables sur le métro, font la Une des journaux chaque jour depuis. La présidente a présenté des excuses à la population la semaine dernière, en faisant tomber des têtes de responsables. Je suis logée au centre-ville chez des amis de l’ami, en espérant pouvoir marcher vers mes rendez-vous plutôt que de devoir prendre les transports en commun. Ce serait l’ultime test pour ma patience qui a été à tous les jours mise à l’épreuve depuis le début de mon voyage. C’est que plein de détails de la vie quotidienne accrochent, et que je ne comprends justement pas pourquoi ça ne va pas. Me semble que ça serait si simple d’être efficace ou à tout le moins, fonctionnel. On verra bien pour le transport. Santiago, à nous deux.
Pour une fois, pour la dernière fois où je prenais le bus de nuit, je me suis payé un bus-cama. Un siège genre Lay-z-boy dans lequel on peut dormir assez à l’aise. Quand je me suis rendue compte que quelque chose n’allait pas, c’était exactement l’heure du départ. Parce qu’avant ça, je ne m’étais pas inquiétée : j´étais là où j´avais acheté mon billet, je voyais des bus de la compagnie choisie, Tur-Bus (la plus grosse et fiable selon moi), qui partaient aux dix minutes vers Santiago, les bus ne se présentent aux quais d’embarquement que 5 minutes avant leur heure, et mon guide de voyage disait que la plupart des départs se faisaient d’où j’étais, le plus important terminal. Je ne faisais pas de cas du fait que le nom du terminal écrit sur mon billet ne correspondait pas au nom d’où j’étais, il ne correspondait pas plus au nom de l’autre terminal, chaque chose ou lieu ou même rue ayant deux ou trois manières d’être nommés ici. Et j’avais demandé à un employé de Tur-Bus où serait mon bus en montrant mon billet, il m’avait dit à tel quai. Donc, vraiment rien pour m’inquiéter.
À 23h50, je retourne voir un employé de Tur-Bus. À tout hasard, je demande si c’est bien ici, ce terminal. Oh non! C’est celui à l’autre bout de la ville! Je voyais mon billet de bus-cama devenir un bus à siège droit... ah ça non! Je pars à la course dans le terminal plein de gens, vers le comptoir de la compagnie, en frappant avec mon sac à dos digne d’une mule toute personne dans ma trajectoire. Je passe de manière toute aussi délicate devant tout le monde pour parler à la commis. Elle appelle la collègue. Celle-ci appelle l’autre terminal, avec deux téléphones à la fois. Une tentative, deux tentatives, je la vois chercher les autres départs pour Santiago, qui disent tous complet. Je vois mon départ sur siège droit devenir une nuit sur un banc de la gare d’autobus. Restons calme, restons calme. Une ligne finit par répondre. « J’ai la passagère du siège 5 ici. (...) Oui, vous allez l’attendre? Bon. » Je suis vraiment épatée de l’efficacité chilienne. Là, bravo! Le bus à siège droit qui part aussi à cette heure pour Santiago m’amène rejoindre ma gang de riches dans l’autre bus. En me laissant, le chauffeur me taquine : « Tu es sûre que tu veux pas rester avec nous? » Sur une rue, je débarque, j’embarque dans le luxe. Oh... Quel bonheur. Le monsieur à ma droite ronfle déjà. La prochaine chose que je sais, on est rendus à Santiago.
Tout est bien qui finit bien après une soirée justement où j’avais déjà couru pour arriver à l’heure pour mon départ de bus. J’ai mis pied à terre après mon expédition en mer à 21h30. Et on était encore bien loin de Concepción. Le chercheur a fait de la Formule Un pour que j’arrive en temps. C’est que la prise d’échantillons a commencé seulement vers 18h dans une journée sans trop d’horaire. Les choses se sont succédées sans souci du temps qui passait, les retards s’accumulant. J’ai bien pensé que j’allais passer Noël sur le bateau. Mais tout compte fait, c’était une chance inouïe d’être avec eux. Une équipe de tournage nous accompagnait. C’est qu’un documentaire est en préparation sur ledit chercheur et ses découvertes. Je suis tombée sur « Ze » jackpot de l’océanographie du Chili. « Aux innocents les mains pleines » que j’entends dire ma mère. Faut aussi dire que j’ai plusieurs sujets bien préparés qui ont été torpillés, mais plusieurs autres survenus de nulle part m’ont fait voir des merveilles. La bactérie gigantesque de mon océanographe-microbiologiste en est une. Quelle émotion pour moi, encore et pour toujours microbiologiste, de voir ça sortir de 28 mètres de profondeur! La suite dans l’article.
Ce matin, en arrivant à Santiago avant 6h30, le métro n’était pas encore ouvert. Je fais la file derrière le paquet de monde agglutiné dans le couloir, sans même pouvoir voir jusqu´à la barrière. Quand ça ouvre, le troupeau avance lentement. Je fais la file devant le comptoir (en fait, très loin du comptoir) pour acheter un billet. Ensuite, j’embarque dans un wagon presque plein. C’est une introduction assez douce du cauchemar du transport dans la ville depuis le début février. Depuis l’instauration du TranSantiago, le nouveau système de bus de la grande région métropolitaine, les transports ont l’air de conteneurs de condamnés vers Auschwitz. Il n’y a pas assez de véhicules. Les ratés des lignes de bus, qui se répercutent en congestions inimaginables sur le métro, font la Une des journaux chaque jour depuis. La présidente a présenté des excuses à la population la semaine dernière, en faisant tomber des têtes de responsables. Je suis logée au centre-ville chez des amis de l’ami, en espérant pouvoir marcher vers mes rendez-vous plutôt que de devoir prendre les transports en commun. Ce serait l’ultime test pour ma patience qui a été à tous les jours mise à l’épreuve depuis le début de mon voyage. C’est que plein de détails de la vie quotidienne accrochent, et que je ne comprends justement pas pourquoi ça ne va pas. Me semble que ça serait si simple d’être efficace ou à tout le moins, fonctionnel. On verra bien pour le transport. Santiago, à nous deux.
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