Samedi 10 mars 2007
Au milieu d’un désert de montagnes, la route est devenue asphaltée. Après trois jours de pénible route (ou absence de route) de terre, roches, sable et boue, on entrait au Chili. Même si le poste frontière était encore à une heure, on voyait tout de suite la différence entre les deux pays. Maintenant, il y avait des panneaux de signalisation, une ligne de délimitation des voies, des parapets de sécurité. J’entrais dans un pays développé où tout coûte 10 fois plus cher qu’en Bolivie.
En arrivant à San Pedro de Atacama, minuscule ville envahie de touristes, j’ai pu acheter mon départ en bus pour La Serena le soir même. J’ai eu quelques heures pour manger, me laver aux douches municipales, et regarder le temps passer tranquillement à la grosse chaleur. Je suis restée avec mes compatriotes Slovènes, qui partaient eux aussi le soir même, mais pour le Pérou. Ils l’ont l’affaire, les Slovènes, pour prendre ça cool. Sur une terrasse de la place principale, ils sirotaient une bière à l’heure. On jasait de pas grand chose, moi essayant de les convaincre de venir voir Québec, eux grattant la tête des chiens qui passaient nous voir. Yjaka m’a dit « Don’t speak fast because I’m listening slow. » Ça donne une idée du niveau de détente! Je me suis offert un verre de blanc avec mon sandwich au veau (qui s’est révélé être un morceau de steak!). Le gros bonheur (le vin, pas la surprise du steak).
Ce que j’ai laissé en Bolivie, c’est les « s » (ici, aucun « s » final ne se prononce), une vivacité culturelle qui fait jaillir l’admiration, une facilité de contact avec l’autre, une débrouillardise hors du commun, des paysages de montagnes, de vallées, de canyons et de villes inégalables. Bref, quelque chose de très intense dans le senti, mais qui comporte aussi ses paradoxes, ses incompréhensions, bien sûr.
Ce que je gagne au Chili, c’est la prononciation des voyelles (les « e » et « o » finaux sont rares en Bolivie), mais surtout la commodité facile d’une vie que je connais, au prix que je connais. Pas d’économie à faire ici sur rien. Et comme je trouve compliqué de comprendre le taux de change... 1$US vaut environ 540 pesos chiliens. Pas évident. Donc, un thé coûte 700$, un sandwich, 2500$, des souliers, 10 000$. C’est assez surprenant à voir, surtout qu’ils utilisent le $ comme signe d’unité d’argent.
Ce midi, après 16 heures sur la Pan-américaine qui oscille entre la Cordillère et l’océan, j’arrivais dans la 2e plus grande ville du pays, La Serena. Mes bouteilles sont toutes écrapouties à cause de la pression barométrique.
Le Chili, c’est un peu comme si je me réveillais après un rêve. Je reviens dans du connu, mais j’ai une petite joie tristounette. Oui, c’est plus facile. Oui, je suis contente d’enfin boire un thé vert qui goûte le thé vert, de manger sans avoir peur et d’aller aux toilettes sans avoir besoin de pallier avec mon papier et mon savon. Mais il y a quelque chose de perdu, qui a été laissé derrière. C’est les Boliviens et leur pays tellement complexe, tellement beau, tellement désolant, tellement pauvre mais tellement riche. Bolivie, je m’ennuie déjà de toi.
dimanche 11 mars 2007
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