Le Carnaval d’Oruro, c’eut été un crime de ne pas y venir en étant en Bolivie à cette date. Vini, vidi, vici, je m’en vais astheure. Partie à 5h30 de La Paz hier, arrivée à 9h à Oruro, je repars presque à la minute près le lendemain matin. Je serais restée encore bien moins longtemps si j’avais pu. Mais je n’avais pas la clé du logement hier. Mon sac était là. Et essayer de trouver l’ami du gars saoul qui danse dans la parade, au milieu d’un chaos indescriptible m’a fait renoncer à essayer de partir plus tôt.
Quand j’annonçais que j’allais à Oruro en fin de semaine, tout le monde me répondait : « Fais attention aux voleurs! » C’est la seule chose que je savais du carnaval. Et que toute la ville dansait, saoule, sans arrêt pendant 3 jours. J’étais donc un peu beaucoup sur mes gardes, surtout que j’avais tout mon bagage avec moi. Quand j’ai vu où on allait rester (et avec autant de monde ami de l’ami de l’ami) et que je n’aurais pas la clé, j’ai pas été longue à décider que je traînais toutes mes choses de valeur avec moi, toute la journée. (C’est bien pour ces occasions-là que j’ai acheté un ordi aussi léger!)
On est donc partis à la rencontre du carnaval. Les ponchos à vendre partout dans les rues n’indiquent pas qu’il va pleuvoir. On comprend vite qu’il en faut un. C’est pour se protéger des ballounes d’eau, et des jets de neige artificielle. Plus on s’approche de la place de la parade, plus on sent la fébrilité. Les petits kiosques improvisés de bouffe, les vendeurs de ballounes d’eau, les vendeurs de bombonnes de neige, sans oublier les vendeurs de cerveza « bien fría »! Les jets de neige et les ballounes arrivent de n’importe où, vicieusement. On entre sur le site. C’est la cohue, c’est la folie, c’est la bousculade. C’est évident qu’il y a plus de monde que de place! Il est même pas midi et on dirait que tout le monde est déjà saoul. La police, au départ bien timorée devant l’enthousiasme et les débordements de la foule aura finalement un peu le dessus, mais après que j’aie pensé me faire écraser plusieurs fois...
On tasse du monde pour monter sur une estrade. On nous demande de payer. Quoi? Ben oui, il y a un gérant d’estrade qui fait payer ceux qui grimpent pour voir. Bon, tant qu’à être là, hein!
La parade est une suite de groupe de danseurs et de fanfares qui jouent toutes la même toune, sur le même rythme. Mais les costumes, les costumes. Des profusions de couleurs, de textiles, de paillettes, de masques, de plumes, de mimiques, de perruques, de rubans, de grelots. Les groupes passent en dansant, tournoyant, sautant en synchronisme. Je suis éblouie, mais mon humeur n’est pas aux festivités. J’ai presque pas dormi de la nuit, je me suis levée 4h45, j’ai pas mangé à moitié, et là je me fais bousculer, crier dans les oreilles, tirer des ballounes, de la neige en spray et j’essaie de protéger mon sac de toutes ces intempéries. Les gens qui veulent entrer m’écrasent les jambes (je suis sur la première marche de l’estrade). Des vagues de corps poussent dans tous les sens. Je remarque à peine la parade, tellement je suis occupée à ce qui se passe autour. Je prends quelques photos, mais c’est risqué de sortir la caméra avec tout ce qui transite dans les airs. Je vais faire un tour pour manger un peu, je reviens. Je décide de m’acheter des ballounes. Encore une fois, mes talents de lanceuse se manifestent grotesquement... J’ai tout de même attrapé une police (sans l’avoir voulu). Mais après avoir reçu trois fois de la mousse en plein visage, une balloune me claquant sur l’oreille et une autre sur l’épaule, mon début d’entrain s’étiole. Le glas sonne avec l’explosion d’une balloune juste en bas de mon cou, qui se déverse sous mon poncho et sur mon sac. Il fait soleil, mais quand même juste 18C... Byebye, j’ai mon quota. Je vais acheter mon billet pour Cochabamba le lendemain matin. Ma marche dans les rues me fait voir un gars qui dort tout croche sur le trottoir, la tête suspendue au-dessus de la rue, et trois batailles. Je suis la cible de quelques envois liquides encore, même si je suis de plus en plus loin des sites.
Oruro est une ville de l’industrie minière, plane, sans beauté. Aucun gratte-ciel. Pas de noblesse. Je suis peut-être sévère. Faut dire que c’était pas le moment pour la voir à son avantage.
En prenant mon billet ce matin, la femme à la gare d’autobus me demande comment j’ai aimé le carnaval. Je fais un genre de soupir-grimace, en cherchant les mots. Elle continue : « ah oui, hein, beaucoup de monde saoul. »
Je fonde beaucoup d’espoir sur Cochabamba. N’est-ce pas le rêve de Sonia que de la visiter, cette ville qu’elle dit si belle? Là-bas, le carnaval commence samedi prochain. Je serai déjà partie.
Dans les faits marquants entourant mon passage à Oruro:
-Le début de la débauche à 5h30 dans l’autobus. Elvin, (l’ami de Tara qui est l’amie de Delphine que je connais) débouche les premières bouteilles au début du trajet, qu’il passe presque entièrement debout à chanter, à danser, à servir des verres et à interpeller ses amis bruyamment. J’ai compté qu’il a bu 5 sortes d’alcool, mais j’en ai peut-être ratées. En le voyant faire son show, j’ai eu le flash d’Élvis Gratton dans l’avion en allant à Santa Banana. Delphine a bien ri.
-Sur 24h, Elvin a dormi 3 heures. Le reste du temps, il a bu, chanté, dansé, crié. J’avais jamais vu ça une machine comme ça. Quand je suis partie, il ronflait bien fort.
-Le resto où on est allé en débarquant du bus ne pouvait servir quoique ce soit que je voulais dans le menu. Les salades? Más tarde. Le jus d’orange? Más tarde. Faut pas chercher à comprendre. Pour déjeuner, les autres ont pris des plats de viande. J’avais pas trop le coeur à ça.
-En arrivant à Oruro, Elvin n’avait qu’une information approximative d’où se trouvait l’appartement. On est descendus du taxi dans ce coin-là. Il appelle le téléphone de son ami, pas de réponse. Bon. Il se met à siffler pour s’annoncer à son ami. Je me dis : « Kossé ça ce cirque? On sait même pas si on est à la bonne place! » On entend un sifflement lui répondre. Son ami arrive. On était en face de la porte. C’est toujours des histoires comme ça en Amérique latine me semble...
-On devait être 6 dans le logement. Il y avait 6 matelas. En voyant le monde arriver, c’était facile de voir que ça balancerait pas. Je peux pas dire finalement combien ont dormi, mais c’était au moins 10 personnes de plus. Mais moi, j’avais mon matelas. Le truc : je me suis couchée la première. D’ailleurs, c’est pas tous les matelas qui ont été utilisés. Quand je suis partie à 7h45, c’est pas tout le monde qui était revenu de leur nuit de danse.
-Je fais la file pour entrer sur le site près de la parade. Trois filles me passent devant. Je rouspète. Une me dit, sur le ton de la confidence : « Laisse-nous passer, tu vois, mon amie-là, elle ne se sent pas bien. » En effet, elle devait être soutenue pour marcher. Sûrement trop saoule. À ma question, « mais pourquoi vous entrez d’abord si elle ne se sent pas bien? », je n’ai pas eu de réponse. Il y a des choses comme ça que je ne comprends pas. Sûrement une question de culture.
-Une des choses les plus importantes à avoir dans ses bagages : des bouchons pour les oreilles. J’en ai eu une autre preuve cette nuit.
-Vers 19h, Delphine, Tara et moi, claquées, voulons rentrer. Où est la foutue clé? Où est l’ami? On sait pas, c’est pas clair. On finit pas se dire qu’on va se rendre et qu’il arrivera bien un jour. Encore épatée de l’histoire du sifflement le matin, je me dis qu’il va se passer quelque chose d’incroyable encore et qu’on va pouvoir entrer. Au milieu de la rue, dans une ville complètement débile, on fonce-ti pas dans l’ami-à-la-clé. Delphine et moi, on se regarde encore, ébahies. Cré Amérique latine.
Quand j’annonçais que j’allais à Oruro en fin de semaine, tout le monde me répondait : « Fais attention aux voleurs! » C’est la seule chose que je savais du carnaval. Et que toute la ville dansait, saoule, sans arrêt pendant 3 jours. J’étais donc un peu beaucoup sur mes gardes, surtout que j’avais tout mon bagage avec moi. Quand j’ai vu où on allait rester (et avec autant de monde ami de l’ami de l’ami) et que je n’aurais pas la clé, j’ai pas été longue à décider que je traînais toutes mes choses de valeur avec moi, toute la journée. (C’est bien pour ces occasions-là que j’ai acheté un ordi aussi léger!)
On est donc partis à la rencontre du carnaval. Les ponchos à vendre partout dans les rues n’indiquent pas qu’il va pleuvoir. On comprend vite qu’il en faut un. C’est pour se protéger des ballounes d’eau, et des jets de neige artificielle. Plus on s’approche de la place de la parade, plus on sent la fébrilité. Les petits kiosques improvisés de bouffe, les vendeurs de ballounes d’eau, les vendeurs de bombonnes de neige, sans oublier les vendeurs de cerveza « bien fría »! Les jets de neige et les ballounes arrivent de n’importe où, vicieusement. On entre sur le site. C’est la cohue, c’est la folie, c’est la bousculade. C’est évident qu’il y a plus de monde que de place! Il est même pas midi et on dirait que tout le monde est déjà saoul. La police, au départ bien timorée devant l’enthousiasme et les débordements de la foule aura finalement un peu le dessus, mais après que j’aie pensé me faire écraser plusieurs fois...
On tasse du monde pour monter sur une estrade. On nous demande de payer. Quoi? Ben oui, il y a un gérant d’estrade qui fait payer ceux qui grimpent pour voir. Bon, tant qu’à être là, hein!
La parade est une suite de groupe de danseurs et de fanfares qui jouent toutes la même toune, sur le même rythme. Mais les costumes, les costumes. Des profusions de couleurs, de textiles, de paillettes, de masques, de plumes, de mimiques, de perruques, de rubans, de grelots. Les groupes passent en dansant, tournoyant, sautant en synchronisme. Je suis éblouie, mais mon humeur n’est pas aux festivités. J’ai presque pas dormi de la nuit, je me suis levée 4h45, j’ai pas mangé à moitié, et là je me fais bousculer, crier dans les oreilles, tirer des ballounes, de la neige en spray et j’essaie de protéger mon sac de toutes ces intempéries. Les gens qui veulent entrer m’écrasent les jambes (je suis sur la première marche de l’estrade). Des vagues de corps poussent dans tous les sens. Je remarque à peine la parade, tellement je suis occupée à ce qui se passe autour. Je prends quelques photos, mais c’est risqué de sortir la caméra avec tout ce qui transite dans les airs. Je vais faire un tour pour manger un peu, je reviens. Je décide de m’acheter des ballounes. Encore une fois, mes talents de lanceuse se manifestent grotesquement... J’ai tout de même attrapé une police (sans l’avoir voulu). Mais après avoir reçu trois fois de la mousse en plein visage, une balloune me claquant sur l’oreille et une autre sur l’épaule, mon début d’entrain s’étiole. Le glas sonne avec l’explosion d’une balloune juste en bas de mon cou, qui se déverse sous mon poncho et sur mon sac. Il fait soleil, mais quand même juste 18C... Byebye, j’ai mon quota. Je vais acheter mon billet pour Cochabamba le lendemain matin. Ma marche dans les rues me fait voir un gars qui dort tout croche sur le trottoir, la tête suspendue au-dessus de la rue, et trois batailles. Je suis la cible de quelques envois liquides encore, même si je suis de plus en plus loin des sites.
Oruro est une ville de l’industrie minière, plane, sans beauté. Aucun gratte-ciel. Pas de noblesse. Je suis peut-être sévère. Faut dire que c’était pas le moment pour la voir à son avantage.
En prenant mon billet ce matin, la femme à la gare d’autobus me demande comment j’ai aimé le carnaval. Je fais un genre de soupir-grimace, en cherchant les mots. Elle continue : « ah oui, hein, beaucoup de monde saoul. »
Je fonde beaucoup d’espoir sur Cochabamba. N’est-ce pas le rêve de Sonia que de la visiter, cette ville qu’elle dit si belle? Là-bas, le carnaval commence samedi prochain. Je serai déjà partie.
Dans les faits marquants entourant mon passage à Oruro:
-Le début de la débauche à 5h30 dans l’autobus. Elvin, (l’ami de Tara qui est l’amie de Delphine que je connais) débouche les premières bouteilles au début du trajet, qu’il passe presque entièrement debout à chanter, à danser, à servir des verres et à interpeller ses amis bruyamment. J’ai compté qu’il a bu 5 sortes d’alcool, mais j’en ai peut-être ratées. En le voyant faire son show, j’ai eu le flash d’Élvis Gratton dans l’avion en allant à Santa Banana. Delphine a bien ri.
-Sur 24h, Elvin a dormi 3 heures. Le reste du temps, il a bu, chanté, dansé, crié. J’avais jamais vu ça une machine comme ça. Quand je suis partie, il ronflait bien fort.
-Le resto où on est allé en débarquant du bus ne pouvait servir quoique ce soit que je voulais dans le menu. Les salades? Más tarde. Le jus d’orange? Más tarde. Faut pas chercher à comprendre. Pour déjeuner, les autres ont pris des plats de viande. J’avais pas trop le coeur à ça.
-En arrivant à Oruro, Elvin n’avait qu’une information approximative d’où se trouvait l’appartement. On est descendus du taxi dans ce coin-là. Il appelle le téléphone de son ami, pas de réponse. Bon. Il se met à siffler pour s’annoncer à son ami. Je me dis : « Kossé ça ce cirque? On sait même pas si on est à la bonne place! » On entend un sifflement lui répondre. Son ami arrive. On était en face de la porte. C’est toujours des histoires comme ça en Amérique latine me semble...
-On devait être 6 dans le logement. Il y avait 6 matelas. En voyant le monde arriver, c’était facile de voir que ça balancerait pas. Je peux pas dire finalement combien ont dormi, mais c’était au moins 10 personnes de plus. Mais moi, j’avais mon matelas. Le truc : je me suis couchée la première. D’ailleurs, c’est pas tous les matelas qui ont été utilisés. Quand je suis partie à 7h45, c’est pas tout le monde qui était revenu de leur nuit de danse.
-Je fais la file pour entrer sur le site près de la parade. Trois filles me passent devant. Je rouspète. Une me dit, sur le ton de la confidence : « Laisse-nous passer, tu vois, mon amie-là, elle ne se sent pas bien. » En effet, elle devait être soutenue pour marcher. Sûrement trop saoule. À ma question, « mais pourquoi vous entrez d’abord si elle ne se sent pas bien? », je n’ai pas eu de réponse. Il y a des choses comme ça que je ne comprends pas. Sûrement une question de culture.
-Une des choses les plus importantes à avoir dans ses bagages : des bouchons pour les oreilles. J’en ai eu une autre preuve cette nuit.
-Vers 19h, Delphine, Tara et moi, claquées, voulons rentrer. Où est la foutue clé? Où est l’ami? On sait pas, c’est pas clair. On finit pas se dire qu’on va se rendre et qu’il arrivera bien un jour. Encore épatée de l’histoire du sifflement le matin, je me dis qu’il va se passer quelque chose d’incroyable encore et qu’on va pouvoir entrer. Au milieu de la rue, dans une ville complètement débile, on fonce-ti pas dans l’ami-à-la-clé. Delphine et moi, on se regarde encore, ébahies. Cré Amérique latine.
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