Samedi 3 février 2007
Vendredi, après la partie entrevue avec l’ancien docteur de l’équipe The Strongest de futbol de La Paz, je lui demande tout bonnement comment faire pour aller voir un match. Il me dit que c’est simple, je l’appelle et on y va ensemble. Et que justement, dimanche après-midi, c’est la finale nationale, avec The Strongest, à La Paz. Qu’il peut me faire voir le directeur technique, les joueurs... Hum. Je voulais partir samedi matin pour le lac Titicaca, voyage que j’avais déjà retardé d’une semaine pour être un peu plus avec ma famille d’adoption. Rester encore dérange le reste de mon voyage. Mais, heille, est-ce que ça se rate, d’aller voir la partie de la finale, invitée par l’ancien médecin de l’équipe, qui va me faire entrer partout? Moi qui veux vivre un peu de cette folie latinoaméricaine, c’est le moment! Entendu, dimanche, j’y vais. (Un des plus importants avantages de voyager seule, c’est que les changements de plan sont toujours votés très rapidement et à l’unanimité) J’y trouverai bien mon compte de toute façon pour mes articles.
Tout ça pour dire que vendredi à 15h, mes plans de la fin de semaine sont changés totalement. J’ai donc mon samedi de libre. Je vais sûrement pas le perdre! Juana et les filles se préparent pour la rentrée de l’année scolaire de lundi. Rien à faire avec elles. Je m’inscris donc à un tour guidé d’une journée. Y’a plein de montagnes et de parcs à voir autour de La Paz. Je prends le tour Vallée de la lune et mont Chacaltaya. Tiguidou, demain 8h, on part.
Le vendredi soir, Juana m’avait invitée à aller à une peña, une sorte de restaurant bolivien avec des chanteurs et danseurs typiques. Je suis claquée(à cause de mon réveil à 3h50 pour aller voir Évo au Palais présidentiel...), mais eille, ça se refuse pas. Je l’ai pas regretté. Nous étions avec ses collègues de travail. J’ai bien ri, j’ai pas tout compris (accents, histoires entendues entre eux, rapidité des phrases, distance des convives) mais j’ai beaucoup aimé être avec eux. J’ai appris que les Boliviens, quand ils boivent du vin, ils disent Salud! (Santé!) et lèvent leur verre à chaque fois qu’ils boivent. Tout le monde boit donc en même temps! Je pensais qu’ils me faisaient un joke. Mais non, c’est vraiment ça. J’ai vu les autres tables faire de même. J’ai mangé un morceau de viande (boeuf je crois) hypertendre, avec sauce incroyable. Ça m’a rappelé l’Argentine. J’ai adoré les danses tellement exaltées! Je crois que j’aurais de l’aptitude à être Bolvienne. Je suis partie la plus tôt, à minuit. Fallait bien que je me couche! En arrivant, Iracema (qui profite de ses derniers soirs de veille avant l’école) m’a rappelé de prendre mon médicament pour l’altitude. C’est que j’allais aller à plus de 5500 mètres le lendemain. Elle est tellement responsable cette petite! Une vraie mère.
Samedi matin, en route pour la vallée de la lune! C’est une ancienne mer intérieure dont les sédiments s’érodent en faisant des pics, des crevasses. Jusqu’à 10 m de profonds. Belles photos!
Ensuite, en route pour le Chacaltaya. On monte jusqu’à El Alto (toujours à 4100m) et on s’enfonce dans l’Altiplano, les plaines hautes. Je vois mes premiers lamas! Et une sorte de renard. Le paysage est rude, quelques petites verdures au sol, même pas des buissons. C’est sec, désertique, froid, plat. On voit l’Illimani, un des sommets enneigés autour de La Paz, et notre destination, le Chacaltaya, au sommet embrumé. Et à l’opposé, on voit le lac Titicaca (attends-moi, j’arrive!). On sort prendre des photos, il fait frette. On continue la route.
Les paysages sont contrastés, surprenants, inédits. Des lacs minéraux prennent des couleurs bleues, vertes, noires. On commence l’ascension, en mini-bus, vers le refuge de la montagne à 5300m. Des routes en lacets, j’ai déjà vu ça, mais me semble qu’elles étaient pas si pires. On entre dans la brume. Il pleut. Il grêle. Hum, ça va être le fun de monter dans ça! On s’habille avec tout ce qu’on a. Mes récents achats de vêtements d’alpaca me servent. Je vide mon sac pour ne garder que mon eau et un peu de bouffe. Et ma caméra. Voilà, on arrive. Ça se sent. En fait, ça se respire. Mais vive encore le Diamox, j’ai mal à nulle part, je respire seulement plus. On commence à monter. Les roches sont humides. Quelques pas, un arrêt pour respirer. Quelques pas, un arrêt pour respirer. Je vais lentement mais ça va super bien. Je suis la troisième du groupe composé d’une dizaine de jeunes. C’est moi la matante. Je me trouve assez bonne.
J’arrive au sommet après peut-être une demie-heure. Ç’a été assez facile. La guide nous offre d’aller au deuxième sommet, à 10 minutes. Ben oui! On repart. Cette fois, j’arrive la première. Je commence à prendre des photos (toujours dans la brume). Ma caméra fait un drôle de bruit. Comme une ligne à haute tension. Je suis médusée. La guide arrive. Je vois ses cheveux qui sortent de sa tuque. Ils sont verticaux. Par en haut. MERDE! J’ai le flash de la photo des trois jeunes sur le dessus du Mont Washington avec les cheveux comme au musée des sciences et de la technologie à Ottawa quand on met la main sur la boule électrostatique : tous en l’air. La légende de cette photo disait qu’ils étaient morts foudroyés par un éclair quelques instants plus tard. « Hay electricidad! » (il y a de l’électricité) que je dis, paniquée! La guide comprend. Envoyez, on descend pis ça presse! J’ai jamais couru aussi vite lentement. J’ai croisé tous les autres qui montaient encore, et je les ai fait revirer. Je suis arrivée la première au refuge. Je pense que j’ai rarement eu aussi peur, parce que la menace était tellement sournoise. Il y a eu un son de tonnerre pendant que je descendais. J’ai tellement sauté! C’était le premier qu’on entendait, et ça confirmait le danger. Au refuge, je me sentais mieux, mais j’avais hâte d’être en bas. Mais là, avec la grêle, le chemin était maintenant tout blanc. On a descendu à 5 km/h. Là, les lacets, je les trouvais plus drôles. Au lieu de regarder, au lieu de me fermer les yeux, je me suis mise à jaser avec le voisin, de Sao Paulo. La fille allemande s’est jointe à nous. C’était drôle, tout le monde parlait espagnol. C’est merveilleux quand même de pouvoir se comprendre. On a parlé du carnaval de Rio, des mesures extrêmes de protection de sa maison, de ses études en droit, de son voyage en solo, du Canada, du Québec, de Céline Dion (je lui ai appris qu’elle venait de près de Mtl, qu’elle parlait français), et on était rendus à El Alto.
Je suis contente de ma journée. On peut dire que je vis plein d’aventures. Et demain, le futbol!!! À Québec, c’est la parade du Carnaval de soir, et la grosse fête chez mes beaux-parents. J’aimerais bien me téléporter pour la soirée... Mais j’irai peut-être rejoindre un fille de Mtl qui travaille comme coopérante ici. Parler français, ça fait du bien. C est un genre de fête aussi.
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