samedi 3 février 2007

Je cours après Évo

(Moi devant l entrée du Palais présidentiel, en après-midi vendredi)

Vendredi 2 février 2007

« Évo! Évo! Évo! » criaient les employées de la santé devant le Palais présidentiel, à 5h45 ce vendedi matin. Un autre indice qu’Évo Morales a bien d’autres chats à fouetter que de penser à financer la recherche scientifique. Je me sentais bien impertinente avec mes considérations de science face à ce qu’elles devaient avoir à revendiquer. Pourtant, c’est moi qui était en pôle position pour le voir, assise dans le bureau de la sécurité par où il allait arriver dans quelques instants.

Malgré mes insistances auprès de la relationniste de presse, mes lettres d’appui du consulat et de l’Agence, j’avais eu un refus final d’entrevue le jeudi matin. Il est trop occupé, pas le temps de recevoir des journalistes. Essayant de trouver une porte de sortie, je demande si je peux déjeuner avec lui, ou dîner, ou... C’est pas possible. Je pense de demander à quelle heure il arrive au Palais présidentiel. À 5h. À quelle heure il en sort? Quand il a fini. Bon. Alors ce que j’ai de sûr, c’est quand il arrive.

Je prends donc un taxi à 4h15 le vendredi matin. (Faut dire que celui que j’avais commandé m’est parti dans la face alors que je sortais de l’allée de la maison. Pas très patient! Mais c’est drôle comment tout s’arrange toujours dans cette désorganisation. Alors que le quartier est désert, un chauffeur taponne sur sa lumière de toit au coin de la rue. Il m’amène.) J’ai remarqué pour la première fois combien il y avait de lumières de circulation. Parce qu’on les a toutes brûlées. Quoique c’est sûrement pas différent du jour.
J’arrive à la Plaza Murillo, devant le Palais. Il est 4h25. Je ne le manquerai pas, mon ami Évo! Le taxi me laisse au coin parce que huit soldats armés barrent la rue. Je marche vers le plus proche. Je demande si je peux m’approcher de la porte. Il me dit de rester de l’autre côté de la rue, mais que je peux aller en face. À quelle heure il arrive donc? 6 heures qu’il me dit, reste juste une heure. Je sais pas comment il calcule, mais ça changera rien au fait que je vais attendre jusqu’à ce que le président arrive. Je m’assieds sur le banc de parc en face de la porte. J’ai eu beau mettre toutes les couches de linge que j’ai, je le trouve quand même frais ce petit matin bolivien.

À 4h30, les militaires entrent au Palais et les gardes costumés rouge et blanc sortent. J’ai un spectacle de changement de garde pour moi toute seule. Maintenant, ils gardent seulement la porte.

Ça fait dix minutes que j’attends, je commence à geler. Je me dis que je serais mieux de marcher. Je fais un aller-retour, restant pas trop loin d’un coup qu’il arrive. Et puis tant qu’à y être, je vais aller demander aux nouveaux gardes si je peux rester proche de la porte. Je suis le seul point d’intérêt dans cette grande place endormie. J’ai donc 5 paires d’yeux qui me fixent lorsque je m’approche. Je dis simplement que je veux voir le président arriver et je demande si je peux rester proche. Celui du milieu me demande d’attendre un moment. Il entre, revient et me fait entrer dans la salle des gardes pour ne pas que j’aie froid. Quelle délicatesse, je n’en demandais même pas tant! Une dizaine de gardes sont là, plus ou moins endormis dans des fauteuils. Le boss de la sécurité vient me voir quelques minutes plus tard. Je lui explique ma situation (non, pas de rendez-vous, oui, j’ai demandé au service de presse, non, l’entrevue a été refusée, je veux juste le saluer et lui parler quelques instants) Il va, revient, me pose d’autres questions, va, revient, et finalement me demande de le suivre au bureau de la sécurité. C’est par ce bureau qu’Évo passera. Je trouve que ça va assez bien mon affaire.

J’ai devant moi deux autres hommes qui attendent aussi le président. Je me rends compte qu’il y a là le ministre de la Défense nationale, en comparant sa binette avec les photos du cabinet que je traîne. Ouins, rude compétition! Finalement, après un téléphone, il semble que leur rendez-vous soit déplacé. Ils partent. Il est 5h30. Mon cas s’améliore!

Le responsable de la sécurité fait plusieurs appels. Je ne comprends pas son charabia, mais j’entends souvent la senorita, la periodista, la canadiense. Il sait pas trop quoi faire avec moi, il essaie de m’arranger quelque chose. Il me dit finalement que ce sera pas possible d’avoir une entrevue, que je dois contacter le service de presse, que l’agenda du jour est plein. Je dis que je le sais, et que c’est pour ça que je suis là ce matin, juste pour l’attraper quelques instants (et il me semble que je me répète). Il me laisse rester.

Vers 5h45, une petite manifestation commence à l’extérieur. J’entends dire que ce sont des infirmières. Elles crient : « Évo, on veut te voir un moment, Évo, s’il te plaît. Évo! Évo! Évo! » Pauvres elles, elles ne savent pas qu’il n’est même pas arrivé!
Le temps passe, il n’arrive toujours pas. Plusieurs fois, je sens de l’animation dehors. Je pense que c’est lui, je me lève, je pars mon enregistreuse. Non, c’est quelqu’un d’autre. Je recommence à geler. C’est que toutes les portes sont ouvertes.

Il est 6h10. L’homme de la sécurité me demande ma carte de presse. Je la lui donne, il me tend une badge en échange. De mieux en mieux. Il me demande de le suivre. Je passe à l’intérieur du Palais, c’est grand, c’est majestueux, et plein de gardes du corps qui attendent. J’arrive dans un grand bureau où une femme fait d’autres appels pour moi. Elle est bien gentille, mais ça ne donne aucun résultat. Elle ne peut plus rien m’offrir. Je dis que je comprends très bien que l’horaire du président soit chargé. Je la remercie et je retourne à l’entrée à la sécurité pour continuer d’attendre. Il est 6h15. Catastrophe! Évo est passé pendant mon absence! Les hommes de la sécurité me disent de partir, que je ne le verrai plus maintenant. J’essaie de trouver une autre idée. Pense vite, pense vite. Ils m’ont dit qu’il allait à Cochabamba en hélicoptère ce matin. Je demande si je peux l’accompagner. Il faut que je voie avec les services de presse. Ma madame de la presse arrive seulement à 8h. Je sais plus quoi inventer. Là, j’en ai assez pour ce matin.
Ma prochaine stratégie sera d’obtenir sa liste d’activités et d’essayer de l’attraper pendant une apparition publique. Mais pas aujourd’hui. De toute manière, j’ai une entrevue cet après-midi avec le médecin de l’équipe de futbol The Strongest de La Paz. Hein, moi aussi je suis occupée, Évo!

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